Je vais commencer par m’excuser, d’abord d’y avoir cru, avec l’expérience je devrai le savoir : le jamais faire confiance aux annonces de la SNCF, au mieux c’est du pipo, au pire c’est malveillant. Et puis ensuite, je m’excuse parce que je vais être blessant avec la SNCF, et je sais qu’il y a des gens formidables dans cette boîte, qui y croient encore, et qui se défoncent chaque jour. Ce billet n’est pas dirigé contre eux, et je voudrai les assurer de mon respect, un respect encore plus fort quand on voit ce qu’on leur fait faire. J’aimerai que les autres râleurs prennent le temps de la distinction.
Nous avons été beaucoup à croire que le cadencement, et les nouveaux horaires du réseau Normand, seraient un plus.
Au lendemain du premier jour, quelques observations :
- La SNCF n’est absolument pas prête, sur notre réseau, voir les résultats de transport hier
- Les horaires ne sont pas adaptés aux besoins des utilisateurs
- L’Eure a été, au mieux oubliée, au pire délaissée, j’y reviendrai
- La précipitation nous conduit à voir circuler du matériel auvergnat, et PACA (entre autres) sur notre réseau
Ainsi donc, hier, était un grand jour pour les milliers d’utilisateur de la ligne Le Havre-Rouen-Paris desquels je fais partie.
Le train 3130 (départ RRD 6h40) disparait au profit du train 3100. Premier couac : avec le 3130, on était habitué, le lundi, le jour où, en plus des navetteurs, les scolaires retournent à Paris, les expat’s se rentrent dans leur banlieue, à avoir un train de type V2N (comprendre une bétaillère à 2 niveau, inconfortable mais ayant une capacité d’accueil nettement supérieure aux corail classique). Le 3100 ne connait pas cet élément ! Départ à 6h26… arrivée (réelle à quai) à …7h50. 10 minutes de retard, c’est peu, mais ça nous ramène (presque) à l’horaire théorique d’arrivée du 3130… va chercher l’erreur !
Je passe sur les perturbations transiliennes… Peu d’intérêt et ce n’est pas le sujet…
Voyage retour. Alors là, ça vaut le détour !
J’arrive à Paris à St Lazare à 17h25. Je me décidais donc à prendre le 17h30. Omnibus. Celui-ci n’est pas encore affiché. 17h35, il s’affiche, et une véritable marrée humaine se rue sur le train corail. Pas de lumière, pas de chauffage. Un silence de mort règne pendant une demi-heure dans ce train qui ne sera pas parti. De temps en temps, on entends sur le quai la petite voix de la SNCF qui nous annonce « qu’en raison d’un incident technique, le train 13115 départ initialement prévu à 17h30 partira avec un retard de » 15,20,30,40 minutes « environ ». Il est 18h30. Voilà une heure que nous patientons dans le froid et le noir.
A ce moment, je descends du train pour téléphoner à un ami, qui m’attend à Rouen pour fêter le retour d’un autre ami. Tout à coup, un bruit fort et violent, très ressemblant au bruit caractéristique de l’électricité en masse, vous savez celui qu’on entend quand on est à coté d’un transformateur de rue, cet espèce de bourdonnement. Puissance 5, accompagné des claquements (comme dans les films quand un câble électrique tombe à terre). Je me retourne. J’aperçois une énorme gerbe d’étincelles rouge. Je dis à mon ami « je te rappelle ». Le temps de passer le blackberry en mode photo, et la gerbe a laissé la place à une épaisse fumée grise, qui sort des wagons, entre deux passagers affolés. Ils l’ont fait !
Revenons un peu en arrière, pendant cette heure de silence morbide. J’ai omis de vous dire, il y avait des techniciens qui s’activaient tout autour du train. On voyait bien qu’ils ne lâcheraient pas l’affaire tant que le train ne serait pas parti. Il fallait que le train parte. Et à en juger par l’armée de personnel commercial (contrôleurs, RESC, agents d’escale…) présents au bout du train, on avait bien compris qu’il n’était pas question de supprimer un train aujourd’hui. Question de crédibilité, et c’est tout à leur honneur ! Vers 18h15, on entend l’un d’entre eux pester : « aucune voiture n’est raccordée à l’energie » ! Stupéfaction de tout le monde. On se dit qu’on n’est pas parti. Tout le monde regarde les autres trains. Le 18h30, le 18h25, ne sont pas partis, ils sont retenus, pour maintenir l’ordre des départs… C’est incroyable ce que la frénésie de l’objectif peut faire faire. Bref, donc, mon oreille le méca dire qu’aucune voiture n’est connectée à l’énergie. J’en déduis donc qu’ils sont en train de toutes les raccorder. Ceci expliquant cela, il est donc logique que nous n’aillons ni lumière, ni chauffage. Arrive donc notre ‘incident-incendie’. Qui, mais là ce n’est plus que de la supputation, me semble coïncider avec…la montée du pantographe et donc,… la distribution de l’énergie dans les voitures. Ce qui m’amène à poser la question suivant, dans l’hypothèse ou ma supputation s’avérai juste : Comment une rame dangereuse a-t-elle pu quitter l’atelier des Batignolles dans ces conditions ? Comment se fait il que les mécanos de St Lazare n’aient pas été mis « au courant » (joke) du défaut gravissime de cette voiture AVANT de la brancher ? L’atelier des Batignolles savait-il que cette rame présentait un défaut majeur ? Et si non, pourquoi donc officiellement la rame était elle déconnectée ? Ce sont autant de questions auxquelles les carnets de maintenance devront répondre, pour autant que la SNCF se décidera, ou pas, à jouer la transparence et à publier l’information. Bien sûr, il n’y a, heureusement, pas de mort ni de blessé à déplorer, mais, pour autant personne ne doit être dispensé de livrer la réalité des événements. Comme pour un accident d’avion, je pense qu’une enquête du BEA « trains » doit être menée, et ses conclusions rendues publiques. Ce type d’incident révèle de graves défaillances dans la chaine de fonctionnement de la SNCF, et pour peu que le travail sous la pression d’un objectif irréaliste aie accéléré l’inéluctable, il faut corriger le tir, avant qu’un accident, grave pour le coup, ne se produise. Nos politique, Alain Le Vern en tête, et les dirigeants de la SNCF doivent en être conscients : Les problèmes du réseau ferroviaire normand ne se règleront pas à la hache, ni à l’arrache. Bâcler le travail met en danger la sécurité des passagers, et si nous sommes pressés d’avoir un service ferroviaire convenable, aucun d’entre nous n’est prêt à laisser sa vie sur le rail. Le PS fabiusien a traité le problème avec beaucoup de retard, la direction de la SNCF a trainé des pieds pendant très longtemps, le temps perdu n’est pas rattrapable, il faut l’accepter, et si on veut aller plus vite dans le retour « a la normale », cela passe par plus de moyens, pas plus de pression. Et la propagande de la région, fusse-t-elle avec la connivence de Paris-Normandie, n’y changera rien.
Teddy
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